9 janv. 2016

Le con d'Irène de Aragon

Nituti


"Qui pouvait lire vraiment Le Con d'Irène jusqu'à une époque récente ? Qui aurait osé penser que Sade serait un jour imprimé sur papier bible ? Il n'y a plus de livre sous le manteau, plus d'Enfer. Aragon, dans les années 20 du vingtième siècle, brûle ses vaisseaux. Pas de retour possible en bourgeoisie, pas de compréhension de la part de ses amis surréalistes. Il va rentrer dans l'ordre "prolétarien", c'est-à-dire là où on ne se doute de rien. Le camarade Aragon serait l'auteur du Con d'Irène ? Vous voulez rire, c'est une provocation. Et pourtant, la planète de la censure tourne, La Défense de l'infini nous montre que rien n'était fatal dans la régression "poétique" ou "réaliste" qui a suivi. Cela gêne beaucoup de monde ? Trop. Pour l'instant restons avec Irène : "Il flotte autour d'elle un grand parfum de brune, de brune heureuse, où l'idée d'autrui se dissout." Philippe Sollers.


MON AVIS

Ce roman s'ouvre sur un chapitre totalement Surréaliste. Sans ponctuation, très poétique tout en créant de nouvelles images poétiques. Adorant ce mouvement littéraire je ne peux qu'apprécier ce chapitre qui fait débuter en beauté cette petite pépite de la littérature érotique. Dans ce roman, aux parts autobiographiques, l'auteur nous dépeint sa condition de vie d'artiste dans ce début des années 20 à Paris. L'homme se montre amoureux et malheureux. N'arrivant plus à aimer ni à faire l'amour. Certains passages parlent directement à cette femme dont on ne connaîtra seulement qu'une initiale. L'auteur à une plume poétique fluide mais qui s'avère compliquée à saisir par moment. Cependant il n'hésite pas à être très familier dans ses propos.

Le premier personnage mis en scène traverse une période difficile où il n'arrive plus à faire l'amour, comme je le disais un peu plus haut. Il sent seul, même les maisons closes ne peuvent rien pour lui et son chagrin. Face à ce personnage, et à tous les autres d'ailleurs, nous sommes seulement spectateur. Ce sont des personnages très "humains". Ce premier personnage, qui n'est pas nommé, est présenté comme une victime, abandonné par son amour et qui n'attend plus qu'elle. Jusqu'à ce qu'il rencontre Irène... Aragon n'a pas juste écrit une œuvre érotique bête et sans réflexion. Il apporte une dimension à son personnage, il lui donne de la réflexion, une pensée. J'ai retrouvé à travers cette œuvre très courte les écrits de Sade. C'est un compliment puisque j'admire le travail de Sade !

Le récit mélange l'histoire de plusieurs personnages dont on ne comprend le lien qu'à la fin. Sur le coup on a un peu de mal à suivre mais une fois que l'on a compris qui était qui, le texte s'avère très beau. On fait ainsi la rencontre d'un père portant un amour quasi incestueux pour sa fille, cette même fille qui méprise les hommes, dont son père, et les utilise. Le seul personnage à parler à la première personne c'est donc celui dont on a pas le nom. 

C'est une œuvre compliquée à lire car elle n'est pas toujours claire et compréhensible, mais une fois le tout démêlé, elle prend une saveur délicieuse qui donne l'envie de tourner encore et encore les pages. Au niveau du contenu sexuel, je m'attendais à autre chose ! Au vu de la date d'écriture et des amis de l'auteur je pensais qu'il allait être plus sulfureux et cru. Je pense par exemple au deux romans de Apollinaire: Les onze mille verges et Les conquêtes d'un jeune Don Juan. A chaque page on a un contenu explicite sexuel qui ferait rougir n'importe qui. Pour Le con d'Irène j'ai été surprise que la sexualité soit pour la plupart du temps évoquée avec passion et poésie. L'auteur utilise beaucoup d'images et ne laisse pas de contenu cru. L'érotisme dans ce roman se cantonne donc à la description des rapports qu'ont les personnages avec la sexualité, comment ils l'abordent et l'envisagent.

C'est un roman touchant et beau. J'ai été déçue du contenu dans le sens où je m'attendais à plus, comme a pu le faire Apollinaire, mais ce n'est pas pour autant que je n'ai pas aimé ma lecture, au contraire...

INFORMATIONS
éditions: Mercure de France
collection: Le petit Mercure
genre: érotique
prix: 4€60
pages: 96
publication: 1928

Nituti / rédactrice passionnée

Étudiante de 21 ans en métiers du livre, je souhaite devenir libraire. Je suis passionnée par Doctor Who, Harry Potter, Alice au Pays des Merveilles, Disneyland, l'art et plein d'autres choses...

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire